#2 – Qu’est-ce que la démocratie délibérative ? Première esquisse

A la suite de Schumpeter, des auteurs tels que Antony Downs  ou William Riker  ont développé une conception économiste de la démocratie à travers la théorie du choix social. Jon Elster dans son article « Le marché et le forum »  de 1986 met en place une critique de cette conception. Jon Elster avance l’idée qu’il ne faut pas confondre – d’après le titre de l’article – le marché comme outil d’organisation des biens économiques et le forum entendu comme domaine de la politique et du débat public. La confusion des deux sphères entraîne une privatisation des préférences des citoyens pour laquelle la politique est un moyen comme un autre de les satisfaire, le bien commun et la rationalité des préférences sont mis de côté au profit de tentatives instrumentales et égoïstes de contenter ses désirs. En critiquant également la notion de démocratie participative – héritée entre autres de John Stuart Mill –  pour laquelle le processus politique est une finalité en soi et la décision politique un effet secondaire qui n’est plus recherché pour lui-même, Elster propose une vision intermédiaire de la démocratie influencée par l’éthique de la discussion du philosophe allemand Jürgen Habermas. Dans la perspective de cette conception, les préférences doivent pouvoir être transformées grâce à une discussion publique et rationnelle. Se dégage ici et entres autres les premiers soubresauts de la théorie délibérative de la démocratie

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La démocratie délibérative vise à redonner au bien commun, à la rationalité, à la légitimité politique, à la participation active des citoyens, une place à la fois ancienne – à travers la conception antique de pouvoir du peuple – et novatrice face aux conceptions élitistes ou économiques de la démocratie moderne. Elle est aussi un espoir citoyen de redonner au peuple la place octroyée par l’oligarchie constituée en parlement. Comment cela doit-il être possible ? L’idée fondamentale de la démocratie délibérative est celle selon laquelle une décision politique est légitime en tant qu’elle est le produit de la délibération publique de citoyens égaux. L’échange discursif entre les citoyens doit permettre de faire partager des conceptions du bien commun différentes et de faire ainsi entrer en jeu le pluralisme inhérent à nos sociétés contemporaines. Aussi, l’échange d’arguments raisonnés et capables de convaincre les autres est censé apporter un gain de rationalité à la prise de décision finale. En effet, les préférences des citoyens peuvent à travers la discussion s’affirmer ou se modifier selon les arguments avancés. Les préférences deviennent réfléchies, à la fois dans le sens où elles sont exprimées devant d’autres citoyens qui par la possibilité d’y répondre par oui ou par non les renvoient à leurs premiers émetteurs, et encore, par cet effort collectif de réflexion qui assure la réflexion personnelle du citoyen lui-même. La délibération citoyenne porte l’espoir de concrétiser le vieux rêve rousseauiste de l’autonomie politique comme autolégislation par le peuple lui-même.

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